Par Jacqueline Tarkiel. Digne des grandes métropoles, il fallait à Paris, c’est certain, une salle de concert spacieuse. Porte de Pantin, dans le Parc de la Villette, Philharmonie 1 conçu par Jean Nouvel, planté à côté du Philharmonie 2 de Christian de Portzamparc le prolonge majestueusement. La pédagogie, pour tous les âges est au cœur du projet et le lieu dévolu à de nombreuses activités. Il ouvrira enfin ses portes en janvier 2015.

2400 places à l'acoustique parfaite pour rivaliser dignement avec la mythique Philharmonie de Berlin ou le Conzertgebouw d'Amsterdam

Une vraie grande salle

Financée à 45% par l’Etat, 45% par la Ville de Paris et 10% la région Ile de France, une salle de 2400 places attend donc son public. Philharmonie 1 abrite encore un musée de la musique et des salles de répétitions, et depuis son toit-promenade, les visiteurs contempleront la ville. Restaurants et boutiques n’ont pas été oubliés, et pour les publics présentant une difficulté motrice ou sensorielle des places et des trajets prévus. Jean Nouvel a imaginé « des nappes immatérielles de musique et de lumière ». Vision réussie. Œuvre de deux des plus grands spécialistes mondiaux, Harold Marshall et Yasuhisa Toyota, l’acoustique devrait y être fabuleuse : entre les nuages suspendus au plafond, entre les balcons flottants « le son enveloppera les auditeurs ». La construction est infiniment élégante, au dedans comme au dehors. Intelligence, génie de Jean Nouvel pour avoir conçu cette baleine scintillante d’aluminium, à  l’éclat vaporeux. L’architecte a judicieusement joué avec les dénivelés du sol du parc. Aussi les lignes élancées de Philharmonie 1 se fondent dans le paysage comme ses volutes se marient à l’architecture de Christian de Portzamparc. La Cité de la musique rebaptisée Philharmonie de Paris englobe donc les deux constructions. Philharmonie 1 est centrée sur la salle de concert, un pôle éducatif, des salles de répétition et un espace d’exposition temporaire. Philharmonie 2 possède ses deux salles de concert, sa médiathèque et son musée.

Un catalyseur pour quelque chose d’inédit

Jean Nouvel sur le chantier de la Philharmonie de Paris

Tout comme la Bastille est dévolue à l’opéra (et se voulait populaire) Philharmonie 1 est consacrée à la musique symphonique mais beaucoup d’activités vont s’y produire. Et, promis, apparemment avéré d’après la brochure, toutes à des tarifs compétitifs.

Aujourd’hui les œuvres artistiques sont accompagnées d’activités multiples qui font émerger les talents et encouragent les dialogues. Que ce lieu soit aussi l’occasion de promouvoir l’éducation musicale des tout-petits jusqu’à leurs grands-parents ne peut donc que réjouir les Parisiens et les habitants d’Ile de France.

La salle accueillera les plus grands orchestres du monde tout comme les jeunes talents, compositeurs et ensembles.  « Le projet mise sur une triangulation entre pédagogie, programmation artistique et développement numérique », explique Laurent Bayle, Président de Philharmonie. Pas seulement des concerts « classiques, pour un public au vieillissement continu ou des répertoires réservés aux catégories aisées », poursuit-il, mais  « le développement de nouvelles formes d’accès, …» et « des expériences esthétiques potentiellement fondatrices. » Espérons que la Philharmonie ne sera pas ouverte à n’importe quel rappeur aux répétitions assommantes ou à n’importe quoi sous prétexte de popularité.

 Des ateliers pédagogiques originaux

« Tous les amateurs seront les bienvenus, par la voie de l’initiation pratique ou de l’écoute active ». Pour cela, un pôle éducatif de 1800 m2 occupe une partie du bâtiment. Il accueillera des cycles d’ateliers pour jeunes et adultes. A travers son « Collège » (cycles de culture musicale, conférences, rencontres, tables rondes…), par le biais d’Internet, enfin par la diffusion de ses actions dans les réseaux éducatifs et culturels, la Philharmonie se veut « le lieu de médiation des savoirs ».

Ateliers, concerts familiaux, spectacles pour jeune public sont programmés. Une plaquette spécifique Education – enseignants, médiateurs culturels et relais sociaux déjà publiée, concerne les établissements scolaires. Non seulement « porte ouverte », chaque week-end se présente aussi comme un mini-festival : concerts thématiques, sur un artiste, un genre musical… sont proposés. Un exemple : entrée libre, dès 8 ans, et en famille, pour un concert de l’Ensemble Intercontemporain. Le thème ? « La percussion dans tous ses éclats ! »  Des ateliers ludiques préparent à l’écoute de tel ou tel concert. A l’atelier Cordes, on peut s’initier au violon. A l’atelier Grands-parents, on présente anecdotes et clés d’écoute pour initier ses petits-enfants au concert.

De 3 mois à…

L’ « éveil musical » est proposé de 3 mois à 3 ans (on explore les sons d’instruments), et de 3 à 7 ans. Pour les plus grands, la pratique instrumentale se fait par cycles, ou encore en stages, sans oublier, pour les plus avancés, les masterclasses, de la musique classique d’Inde du Nord au lied romantique. Dans des formations professionnelles les adultes pourront découvrir  polyrythmies d’Afrique de l’Ouest ou chanson baroque (avec Les Arts Florissants, rien moins). Et tous les mélomanes pourront suivre des cycles de culture musicale, d’initiation à la symphonie ou de découverte de la musique contemporaine.

Une programmation riche et ouverte à tous, et à toutes les musiques. Bon vent à la Philhar !

Avoir accès à la programmation : philharmoniedeparis.fr (cliquer)

Réservations : 01 44 84 44 84 du lundi au samedi de 11 h à 19 h, le dimanche de 11 h à 18 h